Tarif cession de droit illustration : on reprend tout depuis le début !

Illustrateurs, pourquoi vous ne devriez jamais accepter de travailler pour moins de 100 euros | Cliquez pour découvrir l'article

La tarification en illustration est un sujet que j’ai déjà abordé plusieurs fois ici, mais ce sujet est inépuisable ! Le gros problème comme vous le savez, c’est le fait qu’il n’existe pas de règle « universelle » pour estimer une cession de droits d’où la difficulté de fixer ses prix. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille estimer ses prix « au feeling » loin de là, car toute cession de droit doit légalement faire l’objet d’une rémunération proportionnelle aux gains (ou quand ils ne sont pas quantifiables à l’étendue de la cession).

La cession par l’auteur de ses droits sur son oeuvre peut être totale ou partielle. Elle doit comporter au profit de l’auteur la participation proportionnelle aux recettes provenant de la vente ou de l’exploitation. (Article L131-4 du Code de la Propriété Intellectuelle)

Tous les jours je reçois des messages dans lesquels on me demande mon avis sur un devis, donc visiblement ce sujet vous passionne et je vous comprends ! Pour ma part, j’ai appris sur le tas, mais voici tout de même quelques informations qui pourront sûrement vous être utiles la prochaine fois que vous rédigerez un devis d’illustration.

Cet article fait partie d’une série d’articles sur la tarification en illustration que vous pouvez retrouver ici :
– Devis illustration – Combien vendre ses dessins ?
– Tarif illustrateur débutant vs illustrateur confirmé

 

1 | Droits d’auteur, cession de droits, quelle est la différence ?

Premièrement je pense que c’est important de bien faire la différence entre ces 2 termes qui ne désignent pas la même chose :

a / Droits d’auteur :
En France, la législation accorde aux auteurs la totalité des droits d’auteurs sans aucune formalité. En d’autres termes, vos illustrations (et toutes vos créations originales en général), sont protégées à compter du jour-même de leur réalisation. Grâce à ces droits d’auteur vous bénéficiez des :

Droits moraux : ils vous permettent de vous opposer à une divulgation de votre illustration qui serait faite sans votre consentement ou à une utilisation qui la dénaturerait. Ces droits vous permettent également de revendiquer que votre nom soit mentionné. Il est perpétuel et ne peut pas être cédé. Si un client vous dit le contraire, vous pouvez le renvoyer sur ce lien.

Droits patrimoniaux : ce sont ces droits que vous pouvez « louer » en quelque sorte lorsque vous réalisez une cession de droits pour un client. Ces droits vous permettent d’interdire ou d’autoriser l’utilisation de votre illustration et de percevoir une rémunération en contre-partie.

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b / Cession de droits :
Et donc si vous avez bien lu la définition des droits d’auteur ci-dessus, vous aurez compris que ce que l’on cède lors d’une cession de droits ce sont les droits patrimoniaux. Cependant et c’est très important, vous restez toujours détenteur.trice de vos droits moraux qui eux ne peuvent en aucun cas être cédés.

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2 | Comment est calculé le tarif d’une illustration ?

Le tarif d’une illustration est divisée en 2 parties :
le coût de production + les droits d’utilisation (cédés dans une cession de droits) = le tarif total de votre illustration

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a / Comment déterminer le prix de production ?
Alors il n’y a aucune règle nulle part, pour ma part c’est à force de recevoir des demandes de la part de clients qui venaient me solliciter avec un budget pré-établi (c’est souvent le cas des magazines par exemple), que j’ai commencé à me faire une petite idée.

Par exemple, j’ai constaté que le coût de production d’une illustration au format A5 était facturée environ 300-400 euros et une illustration au format A4 environ 600-1000 euros.

Si l’illustration est très complexe vous pouvez éventuellement augmenter ce tarif, si vous avez une illustration encore plus petite que du A5, vous pouvez baisser votre tarif, etc. Si vous travaillez pour un client important vous pouvez aussi moduler à la hausse votre tarif en fonction, comme je vous disais il n’y a pas de règle !

Cependant, je vous conseille vivement d’éviter les calculs tout faits du style : 1 personnage = 200 euros , 2 personnages = 300 euros, etc. Je trouve que cette méthode dévalorise totalement notre travail, n’oubliez pas que vous ne vendez pas de la charcuterie, personne n’a envie de payer pour un produit, les gens achètent avant tout du rêve alors éviter de considérer votre art comme une vulgaire marchandise (mes excuses aux charcutiers qui passeraient par là 🙈 😉).

b / Comment calculer les droits d’utilisation ?
Il y a plusieurs cas de figure pour le calcul des droits d’utilisation :

L’édition (livres, les objets édités)
Lorsque vous illustrez pour un livre, ou pour des produits édités, le bénéfice apporté par vos illustrations est quantifiable. Plus il y a de ventes, plus votre travail est rentable. Par conséquent, généralement, les maisons d’édition vous versent ce qu’on appelle des royalties (pourcentage sur les ventes). Par exemple pour les livres ces royalties peuvent tourner autour de 10-12 %. Une fois par an ou tous les trimestres, vous recevrez un récapitulatif de vos ventes et de vos royalties et vous devrez rédiger votre facture à votre client.

Ce système est un peu compliqué à suivre surtout lorsque vous commencez à avoir plusieurs produits en circulation, mais malheureusement la plupart des maisons d’édition fonctionnent avec leur propre contrat sans qu’on ne puisse y apporter de modification. Parfois, celles-ci proposent une « avance sur les droits », ce qui présente l’avantage de toucher une partie de ses droits plus rapidement.

La publicité (packaging, campagnes publicitaires, image de marque)
Comme je vous disais en introduction, malheureusement, il n’existe pas de méthode universelle pour calculer le prix des droits d’auteur. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est si difficile de chiffrer des projets publicitaires de grande envergure lorsque l’on débute parce qu’on manque d’éléments de comparaison. Vous pourrez toutefois vous appuyer sur les exemples réels que je vous donne dans mon guide et sur le barème du journal officiel repris dans le kit de de survie du créatif qui utilise le système du coëfficient.

Comme ce dernier n’est pas complet (par exemple il n’y a rien pour les packagings), je vous recommande de le croiser avec ce barème de droits d’auteur de la photographie de 2010 ou de commander le dernier barème en vigueur.

Les illustrations pour les autres clients (magazines, journaux, boutiques, particuliers) :
Les droits d’utilisation étant calculés en fonction de l’ampleur de la diffusion d’une illustration, ils concernent surtout les projets bénéficiant d’une forte exposition médiatique. Pour les illustrations de magazines et journaux, les droits d’utilisation sont généralement « absorbés » dans un prix global.

En ce qui concerne les particuliers et les marques bénéficiant d’une plus faible exposition médiatique, je vous conseille également de proposer un tarif global à votre client afin d’éviter d’éviter de mentionner les droits d’utilisation qui sont généralement mal acceptés par les clients n’ayant pas l’habitude de travailler avec des illustrateurs.

Attention, cela ne vous dispense pas pour autant de mentionner précisément dans votre devis les détails de la cession de droits de votre illustration (durée, territoire, supports, etc.).

 

3 | Revenus bruts ≠ revenus nets

N’oubliez jamais que les sommes perçues de vos commandes sont brutes et qu’il vous faudra ensuite verser des charges sur celles-ci (cotisations sociales, retraite). De plus, vous avez d’autres taxes et factures du quotidien à prendre en compte lorsque vous déterminez vos prix si vous souhaitez que votre entreprise continue à prospérer et vivre sereinement de votre activité.

Si vous n’avez aucune idée de vos dépenses annuelles, je vous conseille de commencer par cela. Prenez vos relevés de compte de l’année dernière et faites la somme de toutes vos dépenses. Une fois ce calcul effectué, divisez ensuite cette somme par 12 pour déterminer votre « salaire brut » minimum. Personnellement j’utilise l’application Bankin’ sur mon téléphone qui me permet de connaître précisément mes dépenses et de le catégoriser.

Lorsque vous facturez une illustration moins de 100 euros, vous vous tirez littéralement une balle dans le pied : pour atteindre un SMIC, vous allez devoir réaliser au minimum 12 illustrations par mois (SMIC mensuel net : 1 171,34€) !

Sans parler du nombre d’heures affolant que cela représente, vous allez également devoir trouver beaucoup plus de clients pour être rentable ce qui n’est pas une mince affaire. De plus avec un un rythme aussi effréné, difficile de trouver le temps de prospecter ou de mettre une stratégie marketing en place.

De plus même si vous êtes jeune et passionné.e aujourd’hui, pensez au futur, pensez-vous pouvoir suivre ce rythme longtemps ? Personnellement pendant longtemps je ne comptais pas mes heures, et je pouvais passer des nuits entières à travailler pour un client. Mais depuis j’ai compris l’importance d’avoir du temps pour soi pour profiter de ses proches, prendre du bon temps, vivre tout simplement !

Ne prenez pas le risque de vous dégoûter de votre passion en vous démenant corps et âme. Je vous parle en connaissance de cause car j’étais comme cela avant, mais désormais, je fais de mon temps une priorité, et je refuse toutes les propositions qui ne sont pas rémunérées proportionnellement à mon temps de travail (exemple : je refuse les propositions de produits pour en faire la promotion gratuitement sur instagram).

J’ai mis longtemps à comprendre cela, mais avoir un rapport à l’argent équilibré, permet de privilégier ce qui compte réellement, à savoir passer du bon temps, profiter de ses proches, voyager, réaliser des projets personnels, etc.

Si vous avez encore des doutes et que vous n’osez pas pratiquer des tarifs plus élevés parce que vous débutez, vous pouvez relire cet article.

4 | Petits tarifs = petits clients

En plus d’avoir un site web pro et un portfolio en béton, pratiquer les tarifs du marché et très important pour paraître crédible auprès de sa clientèle. Ne vous dévalorisez pas, vous êtes un.e pro et vous méritez que vos tarifs reflètent cela.

En matière de négociation, la psychologie a une place importante, et ce n’est pas toujours votre manque d’expérience qui pousse votre client à tenter de tirer vos prix vers le bas. Parfois sans vous en rendre compte, c’est vous-même qui envoyez des signaux qui incitent votre client à prendre le dessus pour tirer profit de la situation. C’est totalement logique, alors si vous vous retrouvez dans une situation inconfortable lors d’un rendez-vous client, ne soyez pas trop dur.e envers vous-même mais pensez juste à ne pas annoncer de tarif à votre client sans avoir pris le temps d’y réfléchir au calme chez vous.

Est-ce que cet article vous permet d’y voir plus clair en terme de tarification ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Vous est-il déjà arrivé de facturer trop bas et de le regretter par la suite ? Si oui laissez un commentaire ci-dessous pour nous raconter votre histoire ! Et si vous avez des idées ou des conseils à partager sur ce sujet, j’adorerais les lire et en faire profiter à tout le monde.


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4 Commentaires

  • Gwen

    Bonjour Elodie,
    Cet article tombe bien car j’ai une question à ce propos qui me tracasse depuis quelques temps. Dans mon cas, ma technique fait que je peux réaliser des illus en assez peu de temps. Aussi je me retrouve avec un tarif création nettement inférieur au tarif droits d’utilisation, n’est-ce pas gênant ? Me conseillerais-tu d’englober le tout sous forme de forfait ?

    • elodie_2019

      Bonjour Gwen, très bonne question ! Sans connaître tes tarifs c’est un peu difficile de te répondre, mais instinctivement je te conseillerais d’augmenter ton tarif de production pour qu’il soit cohérent avec le montant de tes droits d’utilisation, mais tu peux également faire un prix global en effet, il n’y a pas vraiment de règle 😉

  • elise

    Merci bcp pour toutes ces informations car j’avoue être complètement perdu concernant le tarif de mon travail. Aujourd’hui j’y vois un peu plus clair. Toutefois, j’aurais une question : lorsque l’on réalise un album jeunesse pour une maison d’édition, il ne nous paie que par royalties, il ne paie pas le coût de production ?
    Merci pour ta réponse car sur ce sujet je n’ai pas de tarif de référence concernant les albums jeunesses.
    Bonne journée à toi et encore merci pour ton aide 🙂

    • elodie_2019

      Très bonne question Elise, oui effectivement, je crois que pour la plupart des éditeurs, le coût de production passe à la trappe, mais pourquoi ? Mystère…

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